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The grass is singing (Vaincue par la brousse) - Doris Lessing

12 Juin 2014 , Rédigé par Karine :) Publié dans #Littérature Europe (anglais)

The-grass-is-singing.jpgDoris Lessing est une auteure qui me laisse souvent sans voix.  Une auteure que je dois lire en respirant de temps en temps.  Et en réfléchissant.  Parce que sincèrement, c'est tout une écrivaine.  Avec des mots simples, elle crée un récit terriblement évocateur, où l'on est carrément transporté dans le tourbillon suffocant qui emporte Mary, le personnage principal. 

 

Le roman commence brusquement, avec un avis dans un journal.  Avis qui relate la mort de Mary, tuée par son serviteur Moses (probablement Moïse en français).  Dès le départ, on sait que ça va mal finir.  Et ensuite, on rencontre la même Mary, jeune célibataire en Rhodésie.  Issue d'une famille plus que modeste, elle est parfaitement heureuse comme elle est. Jusqu'à ce qu'elle entende, par hasard, que c'est quand même étrange qu'à 30 ans, elle ne soit pas mariée.  Une phrase.  Une toute petite phrase, qui va déclencher l'action qui va suivre.  Car Mary va se marier avec Dick, pauvre fermier du sud de la Rhodésie et qui, malgré sa bonne volonté et son amour de la terre, est limite incapable comme agriculteur.  

 

En plus de nous raconter l'évolution de Mary, qui passe de l'hyperactivité à la dépression, en passant par toutes les étapes qui y mènent, l'auteur nous ouvre une fenêtre sur cette Afrique coloniale où un racisme profond était ancré dans les moeurs.  Pour être accepté, il fallait adopter la manière de penser des blancs de la place.  Des idées tellement ancrées qu'un blanc pauvre est une menace à leur société, puisqu'ils sont presque "du niveau des noirs". Le mépris et la crainte des  "natives" est palpable tout au long du roman.  Toute leur façon de vivre, toute leurs croyances sont basées là-dessus.  À part Charlie Slatter, riche fermier, voisin et "mentor auto-proclamé" de Dick, qui n'en a que pour l'argent et se fiche d'apauvrir son sol et sa femme, piquée au vif par le comportement de Mary, nous rencontrerons peu de membres de cette société fermée.  En effet, l'isolement des Turner est presque total et l'auteur réussit à nous refléter les sentiments de chacun des personnages de façon surprenamment aigüe.  La perte d'espoir progressive de Mary nous étouffe, même si elle n'est pas un personnage particulièrement attachant, avec son incapacité à supporter les noirs et son idéalisme enfantin du départ.  

 

À mesure que la peur globale va devenir plus personnelle, l'histoire se déroule de la seule façon possible et le tout donne ce roman profondément dérangeant et déstabilisant, malgré le peu d'action en général.  Y entrer, c'est prendre une grande bouffée de cette chaleur suffocante sous le toit de tôle.  Le personnage de Dick serait inspiré du propre père de l'auteur, pauvre fermier en Rhodésie.  Premier roman de Lessing, écrit à la fin des années 40, on y trouve déjà l'anticolonialisme qui caractérise certaines de ses oeuvres. 

 

À lire.  

Parce que bon, Lessing, elle avait vraiment du talent. 

 

mois anglais 2014 2

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