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The way we live now (Quelle époque!) - Anthony Trollope

12 Juin 2012 , Rédigé par Karine :) Publié dans #Littérature Europe (anglais)

the-way-we-live-now.jpgPrésentation de l'éditeur (celle de J'ai lu)

"Augustus Melmotte est un financier véreux.


De ces capitalistes à la morale douteuse qui lancent de vastes opérations spéculatives pour piéger les investisseurs naïfs. A ses côtés jeunes gens de bonne famille désargentés et voleurs, romancières sans talent, politiciens malhonnêtes et journalistes menteurs pour qui la triche est une seconde peau. Car dans le Londres victorien, on trompe, séduit et arnaque comme on respire, on s'adonne à la satire et cela prend des airs furieusement contemporains."

 

Commentaire

Je voulais lire Trollope depuis le mois anglais.  Je ne connaissais rien de lui alors j'ai regardé sur Goodreads pour voir lequel de ses romans avait la meilleure cote.  J'ai donc commancé "The way we live now" sans trop savoir dans quoi je m'embarquais.  Jusqu'à ce que je le reçoive.  1000 pages.  2 kilos quelque. Ok.   Ca a été long à lire.  Pas parce que ça ne m'intéressait pas, au contraire.  Mais je devais poser mon livre sur une table sinon c'était le retour de la traditionnelle tendinite du pouce... Bref, assez de blabla et parlons du roman. 

 

Trollope a - selon la préface de mon édition - écrit ce roman à son retour d'un périple d'un an en Amérique.  Il aurait été effaré des changements survenus dans son Angleterre... et c'est ce qui aurait occasionné l'écriture de ce roman touffu.  C'est tout le portrait d'une époque qui est dressé entre ces pages.  Une époque en plein changement, où l'aristocratie est souvent désargentée, où les apparences sont reines, où le mensonge est l'ordinaire.  C'est l'arrivée de la spéculation, c'est la richesse de plus en plus grande de la "vulgaire" classe des marchands et des hommes d'affaires. C'est l'incapacité fréquente de l'ancien monde à s'adapter à cette nouvelle époque.   Le roman est foisonnant, il y a énormément de personnages et il est ma foi assez long à se mettre en place.  On doit placer les personnages, les chapitres nous baladent de scène en scène et je me suis un bon moment demandé où ça s'en allait, cette histoire.  Pourtant, après 200 pages lues assez lentement, j'étais pleinement embarquée dans cette histoire.

 

Pourtant, pas évident de s'attacher aux personnages!  Nous suivons toute une galerie de personnalités toutes plus imparfaites les unes que les autres.  Sir Felix Carbury, le "jeune premier" beau comme un coeur est complètement détestable.  Il n'a aucun sens des priorités, il passe son temps à boire et jouer à son club, il se fout de tout et de tout le monde excepté lui-même et son petit plaisir.   Sa mère, Lady Carbury, en est complètement folle même s'il les ruine, elle et sa fille Hetta.  L'amour aveugle.  Limite que sa fille, qui est l'un des seuls personnages gentils du roman, lui pèse davantage que son ingrat de fils dans son refus d'épouser l'homme que sa mère lui a choisi, Roger Carbury.    Arrive donc dans le décor un multimillionnaire venu du continent, Mr. Melmotte.  Financier un peu louche, l'argent lui sort par les oreilles.  Notre Lady Carbury n'a donc qu'un seul but: marier son imbécile de fils à Mlle Marie Melmotte, file du grand homme. 

 

Plusieurs aspects de la société anglaise "passe au cash" dans ce roman.  Trollope dénonce à la fois la politique, les journaux qui publient un peu n'importe quoi, les pots-de-vins, la course folle à l'argent, l'arrivée avec grand fracas du capitalisme et des spéculations boursières, les mensonges et les demi-vérités dits par tous et chacun, l'opposition au changement, les préjugés de toutes sortes, que ce soit envers les juifs ou la classe commerçante, l'arrivisme, le saint pouvoir de l'argent qui ne vaut limite plus rien.  Presque tout le monde est malhonnête à sa façon mais les personnages ne sont pas unidimentionnels pour autant.  Aimables, pas nécessairement.  Mais malgré tout, les portraits sont assez réalistes pour que ça frappe.  Et bizarrement, même aujourd'hui, ce discours demeure actuel pour certains points.   Certaines de ces proéoccupations sont encore bien vivantes dans notre monde.

 

On apprend à apprécier certains personnages.  J'ai une affection particulière pour Mrs. Hurtle, la veuve américaine partie retrouver Paul Montague, affection qui s'est développée au fil des pages parce que bon, au départ, ce n'était pas gagné.   Ce Paul est bien gentil mais bien faible tandis que Roger Carbury, droit et intègre, reste farouchement campé sur ses positions et refuse d'évoluer avec son temps.  Marie Melmotte se découvre des capacités insoupçonnées (je l'aime bien elle) et je n'ai pu m'empêcher d'être fascinée par l'ampleur de l'oeuvre de Mr. Melmotte, malgré la teneur de celle-ci.   J'ai eu le goût d'étrangler Lady Carbury, de botter le derrière de Sir Felix, de secouer Ruby Ruggles et d'encourager John Crumbs, même s'il fait un peu homme des cavernes. 

 

Les thèmes ressemblent un peu à ceux de Thackeray dans "La foire aux vanités", mais le récit et les personnages sont dessinés à plus gros traits.   L'humour est parfois présent, surtout dans les réflexions et dans les contradictions des personnages mais il n'est pas aussi réjouissant que celui de Thackeray ou de Dickens (oui, je les trouve drôles... je n'y peux rien).  J'ai par contre beaucoup aimé la structure du récit, qui n'est que plus ou moins linéaire et qui nous trimballe d'un personnage à un autre et qui nous balade dans le temps. 

 

Mille pages donc.  Des longueurs?  Oui, vraiment.  C'est la première fois que je ressens à ce point une publication en feuilleton.  Il y a beaucoup de répétitions, de récapitulations.  Quand on le lit tout d'une traite, ça devient un peu fatigant.  De plus, peut-être que les valses hésitations étaient nécessaires pour qu'un public de feuilleton saisisse bien l'ampleur de la chose, il y a quand même beaucoup de redondance, autant dans les machinations de Mr. Melmotte, dans les démarches de Mrs. Hurtle, dans les parties de cartes de Felix ou dans les chicanes de Dolly Longstaffe et de son père. 

 

N'empêche que le contexte et le roman m'ont passionnée et que ces personnages sont devenus vivants pour moi, probablement en raison de leurs défauts et de leurs failles.  Trollope n'épargne presque personne et jette un regard ma foi assez désabusé sur la société victorienne de la fin du 19e siècle.  Le tout se tient relativement bien et se comprend très facilement malgré la narration parfois décousue et un narrateur qui s'adresse au lecteur sans toutefois prendre tout à fait forme. 

 

Je relirai Trollope!

classique cess 4

C'était donc le classique de juin pour le challenge de Cécile.  6 en 6.  Incredible!

 


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