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Mademoiselle Else - Arthur Schnitzler

27 Avril 2010 , Rédigé par Karine :) Publié dans #Littérature Europe (autre)

mademoiselle-else.gifcoup-de-coeur.gifPrésentation de l'éditeur

"Else doit trouver trente mille florins pour sauver sa famille de la ruine [...]"


Commentaire

Eh oui, j'arrête là la présentation de l'éditeur parce qu'elle dit tout, ou presque.  Et vraiment, je m'en voudrais que certains aient leur lecture de cette longue nouvelle gâchée par ma faute!  Parce qu'elle en vaut vraiment, mais vraiment la peine et que j'ai pris une des rares soirées que j'avais de toutes à moi pour m'y glisser... et n'en sortir qu'une fois la dernière page tournée. 


Else a dix-neuf ans et est la fille d'un avocat viennois, actuellement en vacances avec sa tante et son cousin dans un lieu de villégiature.  Légère, sûre d'elle et de son pouvoir de séduction, elle profite d'une journée qu'elle trouve merveilleuse en badinant avec art avec la compagnie de l'hôtel.  Une lettre de sa mère, lui demandant de trouver en deux jours trente mille florins pour sauver son père d'une énième dette qui l'emmenerait en prison, vient gâcher sa journée et la placer dans une situation impossible.  Et là, la tension monte graduellement mais de façon inéluctable pour amener vers le point de non-retour. 


C'est que le "vieil ami de la famille", à qui sa mère lui demande d'emprunter de l'argent, lui demande quelque chose en retour.  Se vendre ou ne pas se vendre?  Et c'est sous la forme d'un monologue intérieur tourmenté et haletant que nous entrons dans les pensée de cette jeune fille qui se retrouve soudain confrontée à une réalité qu'elle aimait bien imaginer mais qui est en fait beaucoup trop dure pour elle.  En effet, à 19 ans, Else se plaît à imaginer toutes sortes de scénarios, à imaginer et à commenter son entourage, à se voir le centre de drames passionnels et de tragédies.  Son discours, fait de phrases courtes, hachées, truffé de changements d'idées, m'a vraiment donné l'illusion d'être dans la tête d'une jeune fille dépassée, angoissée, dont les pensées tournent et se retournent, sans jamais s'arrêter, sans jamais souffler.  Le langage est simple et Else essaie de se convaincre elle-même de mille choses.  Si elle semble forte et insouciante au départ, elle se révèle autrement plus fragile qu'elle ne l'aurait cru quand elle voit s'effondrer tous les pilliers de sa vie.  Pronfondément seule, elle ne peut faire confiance à personne, les gens qui sont sensés s'occuper d'elle la mettant dans des situations impossibles et la trahissant les uns après les autres. 


Impossible de ne pas être révoltée par la lettre de sa mère, par la situation de son père qu'elle évoque avec suffisamment de recul et de clairvoyance.  Else est acculée à ses dernières limites et nous le sentons dans les phrases désespérées qu'elle tente de masquer sous un restant d'amour propre et de dignité. 


Il m'est encore difficile de croire que ce texte a été écrit en 1924, et par un homme.  Les thèmes de l'amour, de la mort, du contrôle de son propre corps et de la famille et de son emprise sont soulevée et exprimés clairement et d'une façon qui ne les condamne pas nécessairement.  Nous ressentons vraiment le déchirement d'Else entre des désirs qu'elle a du mal à s'avouer: prendre le contrôle de sa vie, se faire admirer, de façon exhibitionniste ou pas, se faire aimer, se suicider. 


Un texte que j'ai trouvé magnifique et dans lequel je ne me suis pas du tout ennuyée malgré les répétitions, les nombreux changements d'idée d'Else et des éternels recommencements de ses pensées.  Un coup de coeur!

 

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