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Nelligan (livret) - Michel Tremblay

12 Décembre 2007 , Rédigé par Karine :) Publié dans #Théâtre

nelligan-livre.jpgRésumé
Vers la fin de sa vie, Émile Nelligan, interné à St-Jean-de-Dieu, revisite sa jeunesse et revit les moments marquants de sa vie, alors qu'il était un jeune homme tourmenté et vivait sa bohème et sa poésie. 

Commentaire
J’ai classé cet ouvrage dans théâtre, parce qu’il est paru dans la collection « théâtre » de mon édition (Léméac) mais en fait, il s’agit du livret d’une comédie musicale dont Michel Tremblay a écrit les paroles et dont la musique a été composée par André Gagnon.   C’était écrit dans le ciel que j’allais apprécier cette lecture et, en effet, c’est ce qui est arrivé. 
 
Je crois en avoir déjà parlé dans mon billet clamant haut et fort ma non-midinettude mais à l’adolescence, je fus prise de passion pour Nelligan et son œuvre. J’étais dans mon trip « artiste  intense» et l’histoire de ce poète québécois avait tout pour faire s’envoler mon imagination romantique. En effet, comment ne pas être impressionnée par ce poète prodige, élevé entre un père anglais et une mère française, qui écrivit toute son œuvre entre 16 et 20 ans, avant d’être interné pour psychose? Son « récital des anges », qui demeurera toujours inachevé, est devenu un mythe dans ma petite tête d’adolescente et sa photo laminée a longtemps trôné au-dessus de mon lit. J’ai lu de long en large sa biographie, ai appris ses poèmes (que j’ai dans de nombreuses éditions) par cœur et lu ses textes d’asiles. J’ai même fait mon petit pèlerinage à sa maison la rue Laval ainsi qu’à sa maison de jeunesse dans le Vieux Montréal .   J’ai longuement milité pour soutenir, comme le traité de Bernard Courteau du même nom que « Nelligan n’était pas fou » et j’ai longuement médité sur le triste sort de ce poète assassiné. J’ai même fait un exposé oral hautement passionné sur le sujet, au secondaire! Oui, oui, vous avez le droit de rire!!!
 
Quand la comédie musicale est apparue, en 1990-1991, je me suis bien entendue précipitée pour la voir et j’ai été charmée. Comme je l’ai en DVD et en CD, on va dire que je la savais pas mal par cœur. Lire les chansons et les passages de cette comédie musicale a fait ressurgir des images et des musiques oubliées qui m’ont rappelée les passions de l’adolescente que j’étais… et j’ai ressorti mon recueil de poèmes de Nelligan! En fait, j’ai chanté tout au long de ma lecture… un très très agréable moment. 
 
Dans la comédie musicale, on parle principalement de Nelligan et de sa famille. Michel Tremblay évoque l’évolution et la grande mélancolie de Nelligan à travers son ressenti à lui mais également à travers celui de sa famille, dont il exploite les ambigüités. La structure de la pièce fait également très « Tremblay » par le chevauchement des époques (Émile vieux qui visite des scènes de sa jeunesse).   On ressent l’impuissance des personnages lorsqu’ils voient cet adolescent génial glisser doucement vers la mélancolie, à une époque où il était particulièrement difficile d’être hors-norme. Les périodes d’exaltation d’Émile sont tangibles, de même que les périodes où il est complètement désabusé. Quand on entend la musique dans sa tête, c’est encore plus clair. Je suis toujours touchée par la fin du premier acte quand Émile jeune, exalté à la suite de la lecture de « La romance du vin » au château Ramezay, se déclare poète et qu’Émile vieux complète sa phrase… Bref, une belle lecture musicale « à souvenirs ».

9/10
 nelligan.jpg
Portrait de Nelligan (1971), Jean-Paul Lemieux

Pour ceux qui ne connaissent pas l’œuvre de Nelligan, voici deux de ses poèmes les plus célèbres.
 
La romance du vin
Tout se mêle en un vif éclat de gaieté verte
O le beau soir de mai ! Tous les oiseaux en choeur,
Ainsi que les espoirs naguère à mon coeur,
Modulent leur prélude à ma croisée ouverte.

O le beau soir de mai ! le joyeux soir de mai !
Un orgue au loin éclate en froides mélopées;
Et les rayons, ainsi que de pourpres épées,
Percent le coeur du jour qui se meurt parfumé.

Je suis gai! je suis gai ! Dans le cristal qui chante,
Verse, verse le vin ! verse encore et toujours,
Que je puisse oublier la tristesse des jours,
Dans le dédain que j'ai de la foule méchante !

Je suis gai ! je suis gai ! Vive le vin et l'Art !...
J'ai le rêve de faire aussi des vers célèbres,
Des vers qui gémiront les musiques funèbres
Des vents d'automne au loin passant dans le brouillard.

C'est le règne du rire amer et de la rage
De se savoir poète et objet du mépris,
De se savoir un coeur et de n'être compris
Que par le clair de lune et les grands soirs d'orage !

Femmes ! je bois à vous qui riez du chemin
Ou l'Idéal m'appelle en ouvrant ses bras roses;
Je bois à vous surtout, hommes aux fronts moroses
Qui dédaignez ma vie et repoussez ma main !

Pendant que tout l'azur s'étoile dans la gloire,
Et qu'un rythme s'entonne au renouveau doré,
Sur le jour expirant je n'ai donc pas pleuré,
Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire !

Je suis gai ! je suis gai ! Vive le soir de mai !
Je suis follement gai, sans être pourtant ivre !...
Serait-ce que je suis enfin heureux de vivre;
Enfin mon coeur est-il guéri d'avoir aimé ?

Les cloches ont chanté; le vent du soir odore...
Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots,
Je suis gai, si gai, dans mon rire sonore,
Oh ! si gai, que j'ai peur d'éclater en sanglots
!
Émile Nelligan (la romance du vin -1899)
 
Le vaisseau d’or
Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l'or massif:
Ses mâts touchaient l'azur, sur des mers inconnues;
La Cyprine d'amour, cheveux épars, chairs nues,
S'étalait à sa proue, au soleil excessif.

Mais il vint une nuit frapper le grand écueil
Dans l'Océan trompeur où chantait la Sirène,
Et le naufrage horrible inclina sa carène
Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.

Ce fut un Vaisseau d'Or, dont les flancs diaphanes
Révélaient des trésors que les marins profanes,
Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputés.

Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ?
Qu'est devenu mon coeur, navire déserté?
Hélas! Il a sombré dans l'abîme du Rêve!
Émile Nelligan (1879-1941)
 
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