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Une fille comme les autres - Jack Ketchum

4 Novembre 2013 , Rédigé par Karine :) Publié dans #Littérature américaine

fille-comme-les-autres.gifOh my... comment rester de marbre à un tel roman.   Surtout quand on sait que l'auteur s'est librement inspiré d'un fait divers pour l'écrire (l'affaire Sylvia Likens, s'étant déroulée en 1965).  On ne peut pas parler de plaisir de lecture.  Il y a des horreurs sans nom dans ce roman qu'on ne prend certes pas "plaisir" à lire.  Mais il n'en demeure pas moins que nous avons affaire à un roman bien construit, qui nous plonge dans un microcosme terrifiant.  Et nous, nous ouvrons de grands yeux horrifiés tout en sachant qu'en tant que lecteurs, nous ne pouvons absolument rien faire...

 

Nous sommes donc aux  États-Unis, dans les années 50.  Une petite  ville ordinaire, un quartier résidentiel un peu fermé, avec sa petit gang d'enfants tissés serrés.   Ils sont préados ou jeunes ados et sont à l'aise dans leur petit monde.   David a 12 ans quand soudain apparaît Meg, 14 ans.   Elle est jolie, pas fi-fille et, comble de la chance pour David, elle va habiter avec sa petite soeur chez Ruth Chandler, parente éloignée etmère du meilleur ami de David.   Ruth, les enfants l'aiment.  Elle traite les garçons en grands, leur fait confiance, leur donne de la bière.  David n'a aucune idée de la raison pour laquelle sa mère ne l'aime pas trop, en fait.  Nous, déjà là, on se rend compte qu'il y a comme un problème.  Mais ce qui va arriver dépasse tout de même ce que j'aurais pu imaginer.

 

Pendant tout le premier tiers du roman, on est dans une atmosphère un peu vintage, dans un monde d'enfants avec ce qu'il comporte d'insouciance, de copains et de jeux.  Limite confortable.  Sauf que rapidement, le malaise s'installe, avant même que Meg ne vienne briser, bien malgré elle, ce fragile équilibre.   On sent que le Jeu pourrait mal tourner.  On se questionne sur Woofer, qui aime torturer les insectes. Sur cet abri antiatomique dans le sous-sol de chez Ruth.   Rapidement, une violence psychologique s'installe... qui n'en restera pas là.  Le tout devant les yeux des ados ébahis.  Ou pas.

 

Ce qui m'a le plus interpellée dans ce roman, c'est l'attitude des enfants, le plaisir qu'ils prennent à observer, à participer au festival des horreurs qui leur est proposé.  C'est glaçant de voir à quel point ils sont malléables, comment ce qu'ils ont parfois vécu eux-même modifie leur façon de voir les choses. Comment ils croient Ruth, l'une des leurs, à qui ils font confiance.   Et comment personne de fait rien.  Tout les enfants savaient.  Mais personne n'ose, personne n'agit.  C'est tellement facile d'ignorer, de ne rien faire.  Et ça remet en question l'attitude de l'homme dans plusieurs situations - soit moins terribles - mais semblables.   Comment résister à l'autorité, quand elle abuse?  Comment se rebeller?  David devrait rapidement apprendre à penser par lui-même, à juger, à remettre en question.  Mais à 12 ans... difficile.

 

L'atmosphère est lourde, pesante et malsaine.  Et prenante à la fois.  En tant que lectrice, je me suis sentie voyeuse, révoltée mais prise à tourner les pages, pour voir jusqu'où l'horreur allait aller.   On ne comprendra jamais pourquoi.  Et c'est ce qui fait le plus peur.   On en ressort avec un profond malaise, et une sensation de culpabilité pour toutes ces petites choses qu'on a pu "laisser faire", sans s'imposer.

 

Un roman bien maîtrisé... mais que je ne conseillerais pas à tout le monde. 

Une véritable claque.  

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