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Thérèse et Pierrette à l'école des Saints-Anges - Michel Tremblay

16 Septembre 2013 , Rédigé par Karine :) Publié dans #Littérature québécoise

therese-et-pierrette.jpgOoooh, comme elle a l'air pas commode, cette fillette!  Elle irait parfaitement avec celles que nour raconte Michel Tremblay dans ce roman qui le deuxième des chroniques du Plateau Mont-Royal. 

 

On nous entraîne donc dans les années 40, dans un plateau qui était alors un quartier populaire de Montréal.  Yep, je sais, ça a bien changé!  L'histoire se déroule en quatre jours, les quatre qui précèdent la procession de la Fête-Dieu.  Les élèves de 6e année sont en effervescence car ce sont elles qui sont responsables du reposoir, où ils seront anges, sainte vierge ou Ste-Bernadette.  C'est donc un événement avec un grand E. Mais en plus, cette semaine-là, la petite Simone Côté, surnommée Bec-de-Lièvre, revient de son opéation, grâce à laquelle est devenue... belle!

 

Nous somme dans une école catholique, où la mère Benoîte-des-Anges, née à Outremont (mais surnommée mère Dragon-du-Yable) fait la loi.  Parce que ce ne sont pas toutes les bonnes soeurs qui sont "bonnes".  Et celle-là ne l'est certainement pas.   Le portrait que Michel Tremblay peint des écoles primaires n'est pas doré, loin de là.  Les fillettes sont heureuses parce qu'elles sont enfants (ou presque)  et qu'elles sont habituées à s'amuser de peu.  Mais ce petit microcosme est fait de petites jalousies, de politicailleries, d'hypocrisie, de mauvaise foi déroutante et de jeux de pouvoirs.  La candeur et la franchise des fillettes (qui ne sont pourtant pas des anges et qui n'ont pas la langue dans leur poche) contraste avec l'univers des religieuses où on a souvent peur de celles qui ont des idées neuves et qui sont assez futées pour tenir tête à l'autorité... sans trop que ça paraisse.    C'est ainsi qu'entre soeur Sainte-Catherine, bonne et intelligente et mère Benoîte des Anges, il y a une bataille sans merci, où sera bien malgré elle impliqué soeur Pied-Botte, la soeur portière au service de la directrice. 

 

C'est la guerre, le rapport à la religion commence, pour certains mais pas pour tous, à évoluer.  À travers cette histoire de petites filles qui veulent toutes jouer la vierge Marie et de mère directrice qui harcèle une élève pauvre parce qu'elle s'est fait opérer mais qu'elle n'a pas payé les 2$ de la revue l'Estudiante, c'est tout le portrait d'un quartier qui nous est offert.  L'église tape-à-l'oeil pour les riches de la rue St-Joseph, les complexes d'infériorité des gens moins bien nantis, malgré leur intelligence, et également les coutumes de l'époque, que ce soit par le langage ou par les habitudes à la maison (j'ai bien ri au baloney en p'tits chapeaux... j'aimais ça, petite.  Et je n'étais pas née dans les années 40). C'est aussi une critique de l'éducation à l'époque, où certains enfants étaient parfois éduqués à coups de règles et d'humiliation.  Pas toujours hein... il ne faut pas généraliser.  Mais bon. 

 

Le langage de Tremblay sonne juste.  Il sonne comme la génération de mes grands-parents.  Il n'en fait pas trop, aucune surenchère ici.  Juste le parlé quotidien de la classe ouvrière.  Et en arrière-plan, il y a la grosse femme hospitalisée qui va accoucher, Albertine - la mère de Thérèse - en colère, Marcel et son chat Duplessis, Charlotte, la mère de Simone (la scène dans le bureau de la directrice est jubilatoire) et les tricoteuses, qui ne sont vues que par Josaphat le Violon et le petit Marcel... l'étrange petit Marcel. 

 

Une très agréable lecture.  Pas misérabiliste pour deux sous.  Avec une bonne dose d'humour, des personnages bien crasses, loin d'être parfaits et des scènes qui sonnent vrai.  On s'imagine facilement faire le chemin vers l'école des Saints-Anges avec le trio "Thérèse pis Pierrette", sauter à la corde et admirer le petit ange suspendu!

 

Mais pour bien visualiser... rendez-vous bientôt!

 

C'était une lecture commune sous le thème de Tremblay avec...

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