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Les noces barbares - Yann Quéffelec

8 Mars 2010 , Rédigé par Karine :) Publié dans #Littérature Europe (français)

noces-barbares.jpgPrésentation de l'éditeur (en partie)
"Fruit d'une alliance barbare et d'un grand amour déçu, Ludovic, enfant haï par sa trop jeune mère - Nicole - et ses grands-parents, vit ses premières années caché dans un grenier.

La situation ne s'arrange guère après le mariage de Nicole avec Micho, brave et riche mécanicien qui cherche à protéger Ludovic.  Hantée par ses amours brisées, sombrant dans l'alcoolisme et méprisant son mari, la jeune femme fait enfermer son fils dans une instution pour débiles légers.  Mais Ludovic n'est pas l'arriéré qu'on veut faire de lui.  Il ne cesse de rêver à sa mère qu'il adore et qu'il redoute.  Même une première expérience amoureuse ne parvient pas à l'en détourner.  Son seul but, son unique lumière : la retrouver.  [...]

Commentaire
Je n'ose même pas dire depuis combien d'années ce livre traîne dans ma pile à lire.  Jamais, jamais, jamais je ne l'aurais lu sans une lecture commune avec Bladelor.   Je sens d'ailleurs que je vais avoir énormément de mal à en parler de façon cohérente.  C'est un livre qui marque, sans aucun doute.  Un livre que je ne pourrai pas oublier.  J'en ressors avec une sensation d'étouffement, de gorge qui se serre.  De colère aussi.  J'ai parfois dû prendre de graaaandes respirations et serrer les poings pour avoir la force de continuer.  Peut-être parce que j'ai déjà vu presque aussi pire, en vrai, et qu'à chaque fois, ça me fend le coeur.  Mais ça, je ne vais pas en parler ici.

Ludovic est né d'une terrible expérience.  Sa mère, trop jeune, trop blessée, le hait.  Et ses grands-parents semblent avoir transféré sur lui toute leur colère, leur hargne, leur dégoût.  C'est enfermé dans un grenier qu'il grandit, traité de tous les noms, traité comme un chien.  On ose espérer mieux pour lui lors du mariage de sa mère avec un brave homme, Micho, mais l'instabilité de celle-ci et les coups vicieux de Tatav, le fils de Micho, prennent vite le dessus.   Et ensuite quand il est envoyé en institution, on respire un peu, on se dit que peut-être, là, Ludo trouvera un chez lui.  Sauf qu'entre une infirmière dégoulinante d'hypocrisie et un pensionnaire dans la cinquantaine qui tente, avec les moyens d'un petit enfant imbu de lui-même, d'être au premier rang, difficile de se creuser une place. 

Il faut dire que Ludo, même si on voudrait tellement qu'il cesse de faire face à une écoeurante mauvaise foi et aux préjugés tenaces, n'est pas facile à aimer; il ne sait pas comment s'y prendre, même si au fond, il ne demande que ça.  C'est un enfant sauvage, terriblement carencé au plan affectif, qui a été abandonné à lui-même tout au long de ces années ou les petits cerveaux sont en plein développement et qui, en plus, est "tombé tout seul" dans un escalier.  À part lui faire de constante reproches, on ne lui a jamais enseigné ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, il ne sait pas entrer en relation, il n'arrive absolument pas à décoder les signaux que lui envoie son entourage.   Sa relation avec sa mère en est une d'amour-haine et il essaie par tous les moyens de l'atteindre, de l'avoir pour lui, de la faire réagir, et d'avoir ainsi une preuve qu'il existe pour elle. 

Les personnages s'expriment avec un niveau de langage peu élaboré mais ça n'en est que plus réaliste.  Les mêmes insultes reviennent, toujours les mêmes mots, la syntaxe est très orale, très "terroir" (je sens que j'ai le mauvais mot... pouvez-vous me corriger) et je les ai entendues dans ma tête, ces phrases, ces intonations.  Et j'ai rarement autant eu envie d'étrangler certains personnages... les boulangers sont vraiment, vraiment détestables et égoïstes, ramenant tout à eux et Nicole, la mère, leur fille, semble avoir hérité de leurs mauvais plis.  Si j'ai tenté de la comprendre au départ (après tout, elle a des circonstances atténuantes) plus l'histoire avançait, plus elle me répugnait.  

Une lecture très difficile, qui prend à la gorge et qui m'a probablement plus touchée parce que certaines parties réveillaient certains souvenirs (professionnels, je précise) dont je croyais avoir surmonté l'horreur.  Mais certains petits visages m'ont traversé la tête.  Un énorme coup de poing et une histoire qui a su, selon moi, éviter l'écueil du petit enfant parfait et gentil avec qui tout le monde est méchant, fait pour faire pleurer les chaumières. On est loin de la miévrerie.   Bladelor a abandonné le livre en raison de l'atmosphère trop glauque qui ne correspondait pas à ses goûts du moments.  On peut comprendre.  Un roman très fort mais que je ne conseillerais pas à n'importe qui... et pas n'importe quand non plus.

hellokittypicture07.jpgLecture commune avec Bladelor

objectif-pal.jpgIl y était depuis au moins 15 ans.  Au moins.  La couverture du billet est celle de mon édition.  Ça veut tout dire. 

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