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Le premier jardin - Anne Hébert

1 Avril 2013 , Rédigé par Karine :) Publié dans #Littérature québécoise

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Présentation de l'éditeur (en partie)

"C'est une ville au  bord d'un fleuve.  C'est une femme vieillissante qui y revient.  Elle avait cru pourant, à tout jamais, avoir abandonné cette ville et son enfance.  Or, voici que la ville l'appelle, lui offre un rôle, car cette femme est actrice.  Tour à tour Célimène, Ophélie, Phèdre ou Jeanne, elle a passé sa vie à se dédoubler.  L'état civil prétend qu'elle s'appelle Pierrette Paul.  Elle revendique le nom de Flora Fontanges, qu'elle a choisi entre tous, le reprenant entre chaque rôle comme son bien propre" [...]

 

Commentaire

J'ai acheté ce roman il y a quelques mois, dans l'intention avouée de l'avoir lu avant de faire la Promenade des écrivains qui porte sur cet auteur l'été prochain.  Et je l'ai sorti de ma pile parce que pour moi, Anne Hébert, c'est toujours une bonne idée.  Quoi de mieux pour fêter mon goût de la lecture en voie de retour, n'est-ce pas!

 

Le premier jardin, c'est une femme qui revient vers son enfance, dans ce Québec qu'elle avait juré ne plus revoir.  Elle revient pour jouer Beckett et pour revoir sa fille, qui n'y est pas quand elle arrive. C'est avec Raphaël, le garçon avec qui sa fille couche, qu'elle ose marcher le vieux Québec, une ville profondément changée, une façade, d'où les relents de sa vie passée semblent avoir disparu.  Entre eux, ils font renaître des siècles de femmes qui ont vécu puis qui sont mortes.  Des femmes simples, des femmes de Québec.  Parfois transplantées et coupées de leurs racines, parfois nées là-bas.   Des femmes à l'avenir simple, mais qui ressurgissent, profondément vivantes et au centre de leur histoire à elles.  Parfois en quelques lignes, Anne Hébert réussit à nous les rendre vivantes, ces femmes dont presque personne ne se souvient, mais qui ont vécu intensément leurs vies à elles, dans cette ville qui cherchait ses origines.

 

J'ai vu dans ces quelques pages un roman sur l'identité, sur la femme, sur la maternité.  Flora est une femme qui vit par ses rôles, ne parvenant pas à accepter le passé qui a créé ce qu'elle est, ce qu'elle ne veut pas être, en fait.  Orpheline, elle ne sait pas d'où elle vient, ne sait pas qui elle est, se crée des personnages, devient ces personnages.  Profondément seule et déracinée, elle s'accroche à ce qu'elle peut pour ne pas sombrer.  Et en marchant Québec, qui tour à tour revet les habits des siècles passés, elle revit l'incendie de l'orphelinat disparu, la rue Plessis, la maison de l'Esplanade, alors qu'elle tentait d'être ce qu'on attendait d'elle. 

 

Ces personnages qui vieillissent, qui s'en vont vers l'oubli, m'ont profondément touchée.  Anne Hébert écrit magnifiquement et réussit chaque fois à me transporter ailleurs, dans une atmosphère à la fois tendue et magnifique.  Je ne repasserai plus par Québec sans entendre les sabots des chevaux, sans m'imaginer les premiers hivers des filles du Roy ou la vie des bonnes qui faisaient resplendir les maisons cossues en d'autre temps.  Tout ça pour quelques lignes, rendues transcendantes sous une plume que j'adore. 

 

On sent dans ce roman la solitude, le déracinement, la difficulté d'être de Flora Fontanges mais aussi de ce nouveau monde, qui ne sait plus trop d'où il vient tellement il a pris de ses voisins, de ses fondateurs et de ses envahisseurs.   Ça parle d'identité et de mémoire.  Et c'est beau.  

 

J'aime Anne Hébert.

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