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Le peintre d'évantail - Hubert Haddad

18 Juillet 2013 , Rédigé par Karine :) Publié dans #Littérature Europe (français)

peintre-d-evantail.jpgComment ne pas se laisser charmer par un tel titre, hein, comment?   Je ne connaissais pas du tout l'auteur (mais je vois qu'il a quoi... 21 romans/essais/poésies publiés chez Zulma, qui fait généralement des choix éditoriaux que j'apprécie) alors je n'ai pas hésité.  Et j'ai bien fait parce que j'ai beaucoup aimé. 

 

Nous sommes donc au Japon, de nos jours.  Pourtant, c'est dans un univers un peu hors du temps que nous amène l'auteur.  Hors des grandes villes, dans une auberge tenue par Dame Hison, une ancienne prostituée, où plusieurs ne veulent être vus, pres d'Atôra.  Conséquemment, c'est une bulle un peu étrange peuplée de personnages hors-normes et fantasques.  Il y a Monsieur Ho, commerçant un peu vulgaire dans ce contexte.  Aé-Cha, une vieille fille semblant perdue dans un autre monde.   Osaki, jardinier artiste vivant dans une cabane au fond du jardin.  Sans oublier Matabei, dont l'histoire nous est aussi contée par Hi Han, son ancien élève. 

 

Matabei a abouti à Atôra en raison d'un fugace sourire qui a disparu brutalement.  Il a coupé les ponts avec son ancienne vie, son passé d'artiste et d'homme du monde à Kobe et Kyoto.  Petit à petit, il devient l'ami d'Osaki, qui a créé un jardin magnifique, presque onirique, respectant la nature, ses lois, ses beautés naturelles.  Sans trop savoir pourquoi ou comment, Matabei se fondra à ce décor et à cette vie, lui qui n'était plus de nulle part.  Jusqu'à ce que tout bascule. 

 

Je vous le dis d'emblée, c'est de l'écriture dont je suis tombée amoureuse.  Pleine d'images, elle rejoint nos sens et réussit à nous transporter dans ce jardin avec ses couleurs, ses bruissements, ses jeux de perspectives et ses chants.  La scène où il décrit la forêt de bambous est juste magnifique.  Le tout dans un style fluide, détaché, à l'instar de plusieurs auteurs japonais que j'ai lus (même si bon, le style reste différent....)  La vie de Matabei nous est racontée par fragments, alors que Hi Han la récole pendant la nuit ultime.  Et ça dépasse le jardin, l'art, les évantails et les haïkus qui y sont inscrits (j'aime les haïkus qui saisissent l'instant.  D'amour).   C'est une quête de soi, de sérénité, d'apaisement malgré les bouleversements du pays, son instabilité et les tremblements de terre réels et métaphoriques qui le secouent.  C'est une histoire d'apprentissage, de passage.  C'est le leg des connaissances, des visions, d'une génération à l'autre.  C'est préserver la sagesse et la mémoire.

 

Un très beau livre tout en délicatesse, qui se lit d'un souffle.  J'ai réellement apprécié. 

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