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Cochon d'Allemand - Knud Romer

9 Août 2010 , Rédigé par Karine :) Publié dans #Littérature scandinave

cochon-d-allemand.jpgPrésentation de l'éditeur

"Que signifie être allemand dans une petite ville danoise, quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale? Que ressent-on quand on se fait traiter de "cochon d'Allemand" à chaque récréation ? Quand on est témoin de l'ostracisme permanent à l'égard de sa mère? Pour avoir été ce "cochon d'Allemand" à Nykobing Falster où il est né en 1960, KNUD ROMER le sait. À partir de ses souvenirs, il compose un récit déchirant sur l'enfance réduite malgré elle à se fondre dans un conformisme de survie. En évoquant sa famille, l'auteur dresse une galerie de portraits pathétiques et nous fait remonter dans le temps : le roman autobiographique se transforme en une fresque historique, celle du Danemark et de l'Allemagne au cours du XXe siècle. Lauréat en 2006 de nombreux prix, Cochon d'Allemand dépeint dans un style dense et enlevé une époque teintée de rancœur et de culpabilité."

 

Commentaire

Il y a une éternité que je veux lire ce livre.  Depuis qu'on a commencé à en parler sur la blogo, en fait.  Je sais que la maison d'édition "Les allusifs" a été fondée au Québec mais ça ne veut pas dire que les livres sont pour autant si faciles à trouver que ça dans ma petite région.  Il y a des choses qui échappent définitivement à ma compréhension!!  En 2009, la version poche est sortie mais comme je n'aimais pas la couverture (ça aussi, ça peut échapper la compréhension, je le conçois), j'ai attendu de le recevoir à Books 2010 pour le lire et, comme le buzz est passé et que j'avais de très vagues souvenirs du "pourquoi" je voulais le lire, j'ai pu l'ouvrir avec un oeil pas trop biaisé et découvrir ce roman sans trop d'idées préconçues malgré la tonne de billets publiés à son sujet. 

 

C'est donc un roman autobiographique que ce "cochon d'Allemand", par bribes, l'auteur nous raconte des épisodes de son enfance, mais aussi des bribes d'histoire de sa famille, bribes qui nous font rencontrer des personnages blessés mais également hauts en couleurs.  Nous plongeons d'emblée dans une petite ville du Danemark où la haine des Allemands apparaît viscérale et ancrée dans des décennies d'histoire et de conflits.  Knud est donc né de père Danois et de mère Allemande et il lui est impossible de l'oublier.  Son quotidien est ponctué d'attaques et de "cochon d'Allemand" scandé par tous, sous le regard indifférent (ou approbateur, allez donc savoir) des responsables.  On ressent le sentiment d'impuissance, d'emprisionnement, ainsi que le déchirement du narrateur entre son amour pour sa mère et la honte qu'il ressent lorsqu'elle affiche fièrement (et parfois maladroitement) ses couleurs allemandes.  J'ai aussi souffert pour cette femme qui reste droite et fière malgré les affronts qu'elle fait mine de ne pas voir et qui a vu son amour de jeunesse brisé par le nazisme.

 

J'ai beaucoup aimé la manière dont l'auteur entrelace l'Histoire avec l'histoire de ses personnages.  Jamais poussée ou mise à l'avant de façon maladroite, on la sent pourtant, présente, qui influence tout.   On sent son emprise à la fois sur le grand-père Danois, qui court après le succès en arrivant toujours un peu trop tôt ou trop tard, la grand-mère Allemande défigurée par une explosion, le père qui passe sa vie à éviter le pire et sur la mère qui a traversé l'horreur comme elle a pu, sans rien renier.    Sur le petit Knud aussi, qui vit dans un après-guerre où il aura tort, peu importe ce qu'il fera.   

 

Je dois toutefois avouer que j'ai mis du temps à m'habituer à ces passages d'une époque à l'autre et que j'ai mis un moment à associer certains personnages et leurs noms.  Je n'ai d'ailleurs pas compris dans quel ordre ces souvenirs avaient été classés et une certaine sensation de fouillis s'est imposée à moi.  Je crois que c'est probablement volontaire, en raison des souvenirs qui remontent comme ça, sans ordre précis mais pour la lectrice que je suis, ça a été un peu ardu par moments. 

 

Je reste toutefois avec l'impression d'un roman touchant et de beaucoup d'amour et d'amiration du jeune Romer pour cette mère qui a supporté sans mot dire l'ostracisme et la dérision de façon quotidienne.  Pour ceux qui connaissent mieux que moi le contexte entre le Danemark et l'Allemagne, est-ce que c'est bien réaliste pour l'époque?? Je suis d'ailleurs  très curieuse de savoir quelle a été la réaction des Danois face à ce livre.  Un bien agréable moment de lecture, malgré le thème.

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