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Avenue des Géants - Marc Dugain

3 Décembre 2013 , Rédigé par Karine :) Publié dans #Littérature Europe (français)

Avenue-des-geants.jpgOn pourra dire que cette lecture n'aura pas été une lecture facile. En effet, toute la virtuosité du roman repose sur la voix du héros (ou plutôt anti-héros... tres anti-héros), tueur en série génial qui luttera toute sa vie contre lui-même.  Avec un succès tout relatif, comme vous pouvez vous en douter étant donné qu'au début du roman, Al purge une peine de prison à vie.  Il reste complètement en retrait de ses sentiments et passe le temps en lisant des romans pour les aveugles.  Et il décide d'écrire pour raconter sa vie. 

 

Ce récit n'est pas une accumulation de faits sordides.  Bien entendu, il y en a.  On parle d'un tueur en série psychopathe/sociopathe/schizophrène (je ne sais pas trop, en fait... en tout cas, ça ne va pas bien du tout dans sa tête).   Mais cette incursion dans son esprit se révèle à la fois dérangeante et fascinante.  On sent l'escalade, le contrôle qu'il tente d'exercer sur ses pulsions, ses pensées et ce malgré la voix distante du narrateur, sa froidenr, son absence de remords.  On ne se demande pas "si" mais "quand" et "comment" ça va exploser.  Et malgré tout, étrangement (et ça, c'est un peu freakant), on ne parvient pas à détester tout à fait Al Kenner.  J'ai eu plus d'antipathie pour sa mère que pour lui, c'est tout dire.   Et la relation entre les deux est tellement malsaine que ça nous fait physiquement réagir.  

 

Le narrateur nous entortille dans son histoire sans chercher à se rendre sympathique mais sans tout dire non plus.  Sa pensée erre un peu, il tente de se comprendre d'un point de vue psychiatrique, analytique, de se libérer de l'étouffement qu'il ressent, de ne pas être ce qu'il est.   Il jette aussi un regard étranger, externe sur la côte ouest américaine mythique des années 70, sur le Viet Nam, le mouvement hippie.  les grandes routes et les les valeurs de l'époque.

 

Un roman qui déroute, qui dérange, parce que basé sur une histoire vraie, celle d'Ed Kemper et parce que le narrateur a réussi à tromper tout le monde, à déjouer les gens, professionnels ou non, à attirer la confiance.  Ça fait froid dans le dos.  Et on réalise qu'en tant que lecteur, malgré la vérité toute crue, on s'est peut-être un peu - juste un peu - faits avoir.  

 

Une plume qui va droit au but, qui coule, et qui rend parfaitement cette histoire où s'entremêlent détails très réalistes et réflexions détachées sur la mort.   Une rencontre réussie pour moi!

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